sábado, 28 de enero de 2012

God Bless America et ses hamburgers

La rumeur circulait dans la ville depuis plusieurs mois et, il y deux semaines environ, elle est devenue réalité : Mac Donalds a finalement réussi à s'implanter là où l'on disait pourtant avec fierté que l'enseigne états-unienne (je ne dirai pas "américaine" car cette utilisation abusive du terme me déplait profondément, je connais bien la synecdote, cette figure de style qui consiste à désigner le tout pour la partie mais, selon moi, les "américains" du Nord ne peuvent en aucune façon se substituer à l'ensemble des Américains) n'avait pas (encore) pu planter ses griffes.
C'est la lecture très intéressante d'un article d'un journal local qui me l'a appris et je prends le temps de le traduire afin que vous puissiez apprécier ce bijou journalistique : 

"On a réalisé le traditionnel découpage de ruban lors de l'inauguration officielle du local de Mc Donald's dans notre ville. Pendant la cérémonie, des fonctionnaires municipaux et des autorités de la firme Arcos Dorados, la principale franchise de Mc Donald's dans le monde, étaient présents. Vicente Bua, secrétaire au Tourisme municipal, a remercié "l'effort, le fait de nous avoir choisis en ce moment à San Carlos de Bariloche, avec tout ce que cela implique, l'investissement, la création d'emplois et que ce soit un exemple pour tous les investisseurs qui désirent parier sur notre ville". Il a également signalé que "Bariloche est vivante et c'est toute la ville qui vous en remercie".
Pour sa part, Alejandro Yapur, directeur général pour la région Sud de l'Amérique latine chez Arcos Dorados a mis en avant "qu'[ils avaient] reçu le remerciement et les mots de soutien de beaucoup de personnes à Bariloche au cours des premiers jours d'opération. [Ils souhaitent] démontrer par des faits [leur] vision à long terme et la confiance qu'[ils]ont du potentiel de cette merveilleuse ville".

Deux paragraphes qui en disent long sur l'idéologie dominante du journal et, aussi, sur celle régnant entre les murs de la Municipalité. Un papier extrêmement court, qui ne se donne pas la peine d'être signé et qui ne présente aucune implication de la part de son auteur, manifestement absent. On serait tenté de conclure à un vulgaire recrachage des éléments de langage de Mc Donald's ou des employés du service Tourisme de Bariloche. Un recopiage de communiqué de presse en somme, mais qui ne dit pas son nom et qui n'a pas sa place dans cet organe de presse.
Pour le sérieux, on repassera...

Mais laissons de côté la forme pour nous intéresser plus en détails au contenu. S'il l'on suit de la réflexion des officiels argentins, il nous faudrait donc battre des deux mains à l'annonce de cette merveilleuse nouvelle et de cette aubaine pour la ville qui va bénéficier de fortes retombées grâce à ce représentant en chef du capitalisme yanki. Il est vrai que cette enseigne Mc Donald's, qui doit employer 20 à 30 personnes maximum (et je compte large), va résoudre le problème de chômage qui touche sévèrement la population de Bariloche, sachant qu'il est actuellement mesuré à plus de 11%, soit 3% de plus que l'année précédente, et, ce, en raison de la pluie de cendres tombée en juin 2011 qui a ruiné l'activité touristique. 

Il est toujours bon de lire de tels propos dans la bouche de nos dirigeants locaux car on ne peut s'empêcher de les interroger. C'est, semble-t-il, avec une réelle fierté que M. Bua a remercié la firme Mac Donald's de son "investissement" dans la ville et l'a fait, de plus, au nom de tous ses concitoyens. A part une enseigne de "malbouffe" de plus, je ne vois pas bien ce qu'ils vont y gagner au juste. Quel enthousiasme, du reste, à se voir sélectionner par une marque qui est maintenant présente partout, ou presque. Elle s'est d'ailleurs offert une place de choix, avec son restaurant qui donne sur Mitre, la rue la plus commerçante de la ville (elles ne sont pas plus de 2-3 à pouvoir être nommées ainsi), en parfaite position pour attirer les touristes, sa proie favorite.

Il fait aussi bien de mentionner que Bariloche est de nouveau sur pied, on ne s'en serait pas vraiment rendu compte autrement. Contre-coup de la crise économique oblige, beaucoup de locaux ont fermé, nombre d'habitants ont quitté la ville, les inégalités sociales ont augmenté, dans les rues les monticules de cendres s'amoncellent toujours, en l'absence d'une politique volontariste de nettoyage, et font désormais partie du paysage. On sait déjà à quoi s'en tenir à propos du flot de belles promesses énoncées au moment du changement d'Intendant (l'équivalent du Maire), déjà enterrées dans le sable avant même d'être sorties du chapeau.
Un article, publié le même jour que celui précédemment cité, mais dans un autre quotidien, et sciemment intitulé "Bariloche. Rio Negro. La crise continue et les espoirs diminuent", faisait état de la situation déplorable dans laquelle la ville est entrée et de la mauvaise gestion de la crise par les poliques : 

"Ainsi, la ville reste en état d'abandon. Et la citoyenneté, qui n'est pas employée publique, en vient à percevoir que ses impôts ne sont autre chose que des galons de dépenses en salaires pour lesquels elle sent qu'elle ne reçoit rien en retour. Les rues restent dans un état lamentable, les cendres continuent leur danse au rythme du vent et l'effort citoyen pour les évacuer des maisons et des trottoirs se transforme en une grimace de douleur avec des tas de cendres accumulés dans les rues face à l'inexistence d'une quelconque action.

En parallèle, des référents sociaux d'assemblées de voisins qui ont été parler avec l'Intendant n'ont pu passer les nouveaux contrôles. Si bien il est raisonnable que l'on doive demander un rendez-vous, il n'est pas raisonnable qu'il se passe ce que l'un de ces référents, qui représente un poids importants dans les zones les plus humbles de Bariloche, nous a commenté, à savoir que lorsqu'il s'est présenté, on lui a répondu que "l'Intendant ne donne pas de rendez-vous".
C'est une chose de rétablir le principe d'autorité qui s'est perdu avec l'Intendant précédent, et c'en est une autre que d'appuyer sur la blessure sanglante d'une ville qui traverse un des pires moments de son histoire."

Cette tribune était, elle, signée, argumentée et profondément engagée afin de faire prendre conscience des problèmes et des enjeux de la crise actuelle qui touche, non seulement, la localité de Bariloche, mais aussi toute la province du Rio Negro, déclarée sinistrée par le gouvernement fédéral de Buenos Aires. L'équipe municipale n'a pas l'air de parler du même sujet et, dans sa bouche, c'est un tout autre refrain qui s'entonne, avec pour mission de faire la danse du ventre aux investisseurs potentiels, seuls capables de redresser la situation. C'est toujours plus facile que d'essayer de mettre en œuvre une politique de développement à long terme, en réfléchissant à des activités complémentaires ou éloignées de celles liées au tourisme, afin de pallier le manque de ressources en cas de mauvaise saison. Cette catastrophe naturelle et humaine qui aurait pu être un mal pour un bien, si les autorités s'étaient donné la peine de réfléchir à un plan B pour assurer le bien-être de tous, n'est finalement qu'un mal pour un autre, encore plus lourd, qui enfonce encore un peu plus les couches les plus pauvres de la société.

Mais trêve de blâmes, réjouissons-nous, Captain América est venu à notre rescousse. Il a d'ailleurs déjà étendu ses ailes un peu partout, jusqu'à nos principes démocratiques d'ailleurs...


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